L'essentiel
  • Plusieurs études récentes associent la vaccination contre le zona à un risque de trouble neurocognitif (démence) plus faible dans les années suivantes.
  • Le résultat le plus solide vient d'une expérience naturelle au pays de Galles (environ 20 % de diagnostics en moins sur 7 ans) et vient d'être répliqué au Canada, avec le programme zona de l'Ontario, dans The Lancet Neurology.
  • Il s'agit d'associations, pas d'une preuve de cause à effet ; le mécanisme reste incertain et le biais du vacciné en bonne santé doit être pris en compte.
  • Aucune autorité de santé ne recommande de vacciner contre le zona dans le but de prévenir le trouble neurocognitif : la raison de vacciner demeure d'éviter le zona et ses complications.
  • Au Québec, le vaccin recombinant en 2 doses est gratuit depuis février

Une question qui revient au poste de soins

Depuis quelques mois, une idée circule dans les médias et jusque dans les chambres : le vaccin contre le zona protégerait aussi contre le trouble neurocognitif (connu sous le terme démence). Des résidents, des proches et parfois des collègues posent la question. Avant d'y répondre, il faut séparer ce que les études montrent vraiment de ce qu'on aimerait qu'elles montrent. Ce texte est une aide à la décision et à la discussion clinique, pas un avis médical individuel ni une recommandation de prescrire.

La piste est sérieuse, et elle ne sort pas de nulle part. Plusieurs équipes, sur des bases de données différentes, observent le même signal : les personnes vaccinées contre le zona développent moins de troubles neurocognitifs dans les années qui suivent. Mais entre un signal robuste et une preuve de cause à effet, il y a une marge que la science n'a pas encore comblée.

Ce que montrent les études

Le résultat le plus solide vient d'une expérience naturelle au pays de Galles, publiée dans Nature en 2025. L'admissibilité au vaccin y dépendait de la date exacte de naissance : les personnes nées juste avant une date butoir n'y avaient jamais droit, celles nées juste après, oui. Comparer ces deux groupes presque identiques se rapproche d'un tirage au sort. Selon l'analyse de l'équipe de Stanford, rapportée par Stanford Medicine, les personnes vaccinées étaient environ 20 % moins susceptibles de recevoir un diagnostic de trouble neurocognitif sur sept ans, avec un effet plus marqué chez les femmes.

Fait important pour nous, ce résultat vient d'être répliqué au Canada. La même équipe a appliqué la méthode de l'expérience naturelle au programme de vaccination contre le zona lancé en Ontario en 2016, dans une étude parue dans The Lancet Neurology (en ligne fin 2025, numéro de février 2026). À partir des dossiers de plus de 460 000 patients du réseau de surveillance en première ligne, dont environ 232 000 résidents de l'Ontario retenus pour l'analyse principale, les chercheurs ont de nouveau observé une baisse de l'incidence de trouble neurocognitif chez les personnes devenues admissibles au vaccin, de l'ordre de 2 points de pourcentage sur environ cinq ans et demi. Le quotidien La Presse a fait écho à ces travaux. Voir le même signal ressortir d'un programme canadien, avec un devis aussi rigoureux que l'étude galloise, renforce nettement la crédibilité de la piste.

D'autres travaux, sur le vaccin recombinant plus récent (le Shingrix), pointent dans la même direction, parfois avec des écarts plus grands. Le tableau ci dessous résume les principaux résultats.

Étude Population Type de devis Résultat principal
Lancet Neurology, 2026 (Ontario, Canada) Plus de 460 000 patients (environ 232 000 dans l'analyse principale) Expérience naturelle (quasi randomisée) Baisse d'environ 2 points de pourcentage de l'incidence sur 5,5 ans
Nature, 2025 (pays de Galles) Aînés admissibles selon la date de naissance Expérience naturelle (quasi randomisée) Environ 20 % moins de diagnostics de trouble neurocognitif sur 7 ans
Nature Medicine, 2024 (Oxford) Plus de 200 000 personnes vaccinées Cohorte comparant vaccin recombinant et vaccin vivant Le recombinant associé à environ 164 jours de plus sans diagnostic
Cohortes américaines, 2025-2026 (données Optum) Adultes de 65 ans et plus, 2 doses Études observationnelles de cohorte De 30 % à 50 % de risque de trouble neurocognitif en moins selon l'étude

L'effet semble donc constant d'une étude à l'autre, ce qui est rassurant. Quelques données suggèrent même un bénéfice chez des personnes déjà atteintes, mais ces résultats sont plus préliminaires.

Illustration sur la distinction entre corrélation et causalité
Image : Vita IA

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Pourquoi la prudence s'impose

Toutes ces études, sauf les expériences naturelles, partagent une faiblesse connue : le biais du vacciné en bonne santé. Les gens qui se font vacciner sont en moyenne plus soucieux de leur santé, plus suivis et en meilleure forme. Ils développeraient peut être moins de troubles neurocognitifs de toute façon, vaccin ou pas. C'est précisément pour contourner ce biais que le devis gallois, fondé sur la date de naissance, fait autorité : les deux groupes ne diffèrent par aucune autre caractéristique liée au trouble neurocognitif.

Reste que même la meilleure de ces études établit une association forte, pas une preuve de causalité définitive. Le mécanisme demeure incertain. Deux hypothèses sont avancées : le vaccin réduirait la réactivation du virus de la varicelle et du zona, soupçonné de contribuer à l'inflammation cérébrale, ou bien son adjuvant stimulerait le système immunitaire d'une façon globalement protectrice. Comme le résume un expert cité par la Harvard T.H. Chan School of Public Health, la piste est prometteuse mais demande encore des essais conçus spécifiquement pour cette question.

Conclusion clinique importante : à ce jour, aucune autorité de santé ne recommande de vacciner contre le zona dans le but de prévenir le trouble neurocognitif. Le vaccin est recommandé pour prévenir le zona et ses complications. Le bénéfice cognitif possible, s'il se confirme, serait un bonus, pas la raison de vacciner.

Le zona et son vaccin au Québec

Le zona n'a rien d'anodin chez l'aîné. Selon le gouvernement du Québec, une personne sur trois en fera un épisode au cours de sa vie, et la province compte environ 27 000 cas par année, dont 600 hospitalisations et une dizaine de décès. La complication la plus fréquente est la névralgie, une douleur qui peut persister des mois le long du nerf atteint.

Le vaccin offert au Québec est le vaccin inactivé recombinant, donné en deux doses espacées de 2 à 12 mois. Il prévient le zona pour au moins dix ans et réduit d'environ 90 % le risque de névralgie en cas de zona malgré la vaccination. Depuis le 1er février 2026, il est gratuit pour les personnes de 71 ans et plus et pour les personnes immunosupprimées de 18 ans et plus. Les 50 à 70 ans peuvent le recevoir, mais à leurs frais.

Que dire à un résident ou à un proche

Quand la question arrive, l'infirmière n'a pas à trancher le débat scientifique, mais elle peut situer l'information avec justesse :

  • Oui, plusieurs études récentes associent le vaccin contre le zona à moins de troubles neurocognitifs, et le signal est cohérent.
  • Non, on n'a pas encore prouvé que c'est le vaccin lui même qui en est la cause.
  • La vraie raison de se faire vacciner reste d'éviter le zona et ses douleurs, un bénéfice clair et démontré.
  • La décision d'être vacciné se prend avec le médecin, le pharmacien ou l'infirmière praticienne, en tenant compte de l'âge, de l'état immunitaire et de l'admissibilité au programme.

Présenter les choses ainsi évite deux écueils : balayer une piste sérieuse du revers de la main, ou la survendre comme un remède contre le trouble neurocognitif. La nuance, ici, fait partie du soin.

Questions fréquentes

Le vaccin contre le zona prévient-il le trouble neurocognitif (démence) ?

Plusieurs études récentes, dont une expérience naturelle au pays de Galles publiée dans Nature et une réplication canadienne parue dans The Lancet Neurology à partir du programme zona de l'Ontario, associent la vaccination contre le zona à un risque de trouble neurocognitif plus faible. Toutefois, ces travaux établissent une association, pas une preuve de cause à effet. Aucune autorité de santé ne recommande actuellement de vacciner dans le but de prévenir le trouble neurocognitif.

Pourquoi parler d'association et non de causalité ?

La plupart de ces études comparent des personnes vaccinées et non vaccinées, or les gens qui se font vacciner sont en moyenne plus soucieux de leur santé, ce qu'on appelle le biais du vacciné en bonne santé. Les études galloise et canadienne, fondées sur la date de naissance pour décider de l'admissibilité, se rapprochent d'un tirage au sort et limitent ce biais, ce qui en fait les résultats les plus solides. Le mécanisme biologique exact, lui, reste incertain.

Qui peut recevoir le vaccin gratuitement au Québec ?

Depuis le 1er février 2026, le vaccin contre le zona est gratuit pour les personnes de 71 ans et plus et pour les personnes immunosupprimées de 18 ans et plus. Les personnes de 50 à 70 ans peuvent le recevoir, mais à leurs frais. Le vaccin se donne en deux doses espacées de 2 à 12 mois.

Que répondre à un résident ou à un proche qui pose la question ?

On peut situer l'information avec justesse : oui, des études associent le vaccin à moins de troubles neurocognitifs et le signal est cohérent ; non, on n'a pas prouvé que le vaccin en est la cause ; la vraie raison de se faire vacciner reste d'éviter le zona et ses douleurs, un bénéfice démontré. La décision se prend avec le médecin, le pharmacien ou l'infirmière praticienne.

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⚕️ Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas le jugement clinique ni les protocoles de votre établissement. Toute décision clinique relève de l'infirmière ou de l'infirmier selon son champ d'exercice.

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