L'essentiel
  • La lésion de pression (plaie de pression, escarre) est en grande partie évitable : elle est un indicateur sensible de la qualité des soins en hébergement.
  • L'infirmière inspecte la peau dès l'admission et évalue le risque avec un outil validé comme l'échelle de Braden, en gardant le jugement clinique au premier plan.
  • La stadification du NPUAP (stades 1 à 4, plus lésions des tissus profonds et non classables) décrit la profondeur, sert à l'évaluation et non au suivi de la guérison.
  • La prévention repose sur un ensemble de mesures : repositionnement toutes les deux à quatre heures, surfaces adaptées, soins de la peau, nutrition et gestion de l'incontinence.
  • Une documentation claire au dossier et au PTI permet de réagir avant l'aggravation et alimente les indicateurs de qualité suivis

Une plaie souvent évitable

En soins de longue durée, la lésion de pression (plaie de pression, escarre) reste un indicateur sensible de la qualité des soins. Elle résulte d'une pression prolongée, souvent combinée à du cisaillement, sur une proéminence osseuse comme le sacrum, les talons ou les hanches. Chez l'aîné hébergé, l'immobilité, la dénutrition, l'incontinence et la fragilité cutanée se conjuguent pour créer un terrain à risque. La bonne nouvelle : une large part de ces lésions sont évitables par des gestes simples, répétés et bien documentés.

Au Canada, l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) suit publiquement l'aggravation des plaies de pression de stade 2 à 4 en soins de longue durée, un indicateur pour lequel « moins, c'est mieux ». Les données canadiennes plus anciennes situaient la prévalence en hébergement autour de 6 à 7 pour cent, et bien plus en soins de longue durée complexes. Ce texte est une aide à la décision clinique, pas un avis diagnostique individuel.

Reconnaître et classer la lésion

La stadification décrit la profondeur de l'atteinte. Le système du National Pressure Ulcer Advisory Panel (NPUAP), repris dans la ligne directrice de l'AIIAO (RNAO), distingue quatre stades, plus deux catégories particulières.

Stade Ce qu'on observe
Stade 1 Peau intacte, rougeur qui ne pâlit pas à la pression du doigt
Stade 2 Perte cutanée partielle, derme exposé (phlyctène, abrasion)
Stade 3 Perte cutanée complète, tissu adipeux visible
Stade 4 Perte tissulaire complète, muscle, tendon ou os exposé
Tissus profonds Décoloration rouge foncé, marron ou pourpre persistante, ou phlyctène hémorragique
Non classable Plaie comblée de tissu nécrotique qui masque la profondeur réelle

Un repère important : selon l'AIIAO, le système de stadification sert à l'évaluation initiale et à décrire une aggravation, pas à suivre la guérison. Une lésion classée stade 3 ne se « reclasse » jamais en stade 2 ou 1 au fil de la cicatrisation. Sur une peau foncée, la rougeur du stade 1 est moins visible : on s'appuie alors sur la chaleur locale, l'œdème, la douleur et un changement de couleur par rapport à la peau environnante.

Évaluer le risque avec l'échelle de Braden

L'évaluation du risque structure la prévention. Au Québec, l'inspection visuelle de la peau dès l'admission et l'usage d'un outil validé sont attendus de l'infirmière. L'échelle de Braden, largement utilisée dans le réseau, évalue six éléments : la perception sensorielle, l'humidité, la mobilité, l'activité, la nutrition, ainsi que la friction et le cisaillement.

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Plus le score total est bas, plus le risque est élevé. Les seuils couramment retenus dans le réseau québécois sont les suivants : 15 à 18 indique un risque léger, 13 à 14 un risque modéré, 10 à 12 un risque élevé et 9 ou moins un risque très élevé. L'outil ne remplace pas le jugement clinique : un résident porteur d'un dispositif médical, d'un plâtre ou en fin de vie peut exiger une vigilance accrue malgré un score rassurant. La réévaluation se fait à l'admission, puis selon la fréquence prévue par l'établissement et à tout changement de condition.

Schéma des principaux points de pression du corps allongé : sacrum, talons, hanches, coudes, omoplates, occiput
Image : Vita IA

Prévenir : un ensemble de mesures cohérentes

La prévention ne tient pas à un seul geste, mais à un ensemble de soins appliqués avec constance. La nouvelle ligne directrice de l'AIIAO sur les lésions de pression (2024) recommande d'implanter des trousses de soins préventifs et de repositionner régulièrement les personnes à risque.

  • Repositionnement à intervalles réguliers, soit toutes les deux à quatre heures selon l'AIIAO, en tenant compte de la surface de soutien et des préférences de la personne. Au fauteuil, on aide la personne à déplacer son poids environ toutes les 15 minutes.
  • Surfaces de redistribution de la pression (matelas et coussins adaptés) pour les résidents à risque, et protection systématique des talons, qu'on peut décharger en les surélevant.
  • Soins de la peau : inspection quotidienne des proéminences osseuses, peau propre et sèche, hydratation, et gestion rapide de l'incontinence pour éviter la dermatite associée à l'humidité.
  • Nutrition et hydratation : un apport protéino-énergétique suffisant soutient l'intégrité cutanée. Tout signe de dénutrition justifie une référence en nutrition.
  • Éviter de masser les rougeurs et de positionner directement sur une lésion existante.

Plusieurs établissements québécois, dont le CISSS des Laurentides et le CISSS de l'Abitibi-Témiscamingue, diffusent des outils alignés sur l'approche adaptée à la personne âgée. Ces gestes profitent particulièrement aux personnes vivant avec un trouble neurocognitif (connu sous le terme démence), qui bougent moins et signalent mal leur inconfort.

Documenter et coordonner

L'observation ne vaut que consignée. Une note d'évolution décrit le stade, la localisation, les mesures, l'état de la peau environnante et la conduite tenue. Au plan thérapeutique infirmier, le PTI peut porter un constat de risque ou de présence de lésion, assorti de directives précises : horaire de repositionnement, surface de soutien, soins de la peau, surveillance. Cette traçabilité alimente aussi les indicateurs de qualité suivis par l'ICIS et permet à l'équipe de réagir avant l'aggravation.

La démarche est résolument interprofessionnelle : infirmières, préposés, nutritionnistes, ergothérapeutes, physiothérapeutes, pharmaciens et médecins y contribuent, comme le souligne aussi la ligne directrice internationale EPUAP/NPIAP/PPPIA. L'infirmière en demeure souvent le pivot, parce qu'elle voit la peau chaque jour et qu'elle coordonne la réponse de l'équipe.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une lésion de pression ?

Une lésion de pression, aussi appelée plaie de pression ou escarre, est une atteinte de la peau et parfois des tissus sous-jacents causée par une pression prolongée, souvent combinée à du cisaillement, sur une proéminence osseuse comme le sacrum, les talons ou les hanches. Elle est fréquente chez l'aîné peu mobile en soins de longue durée et reste en grande partie évitable.

Comment évaluer le risque de lésion de pression ?

L'infirmière procède à une inspection visuelle de la peau dès l'admission et utilise un outil validé comme l'échelle de Braden, qui évalue six éléments : perception sensorielle, humidité, mobilité, activité, nutrition, friction et cisaillement. Plus le score est bas, plus le risque est élevé. L'outil appuie le jugement clinique sans le remplacer, et la réévaluation se fait à tout changement de condition.

À quelle fréquence repositionner un résident à risque ?

La ligne directrice de l'AIIAO recommande de repositionner les personnes à risque à intervalles réguliers, généralement toutes les deux à quatre heures, selon la surface de soutien et les préférences de la personne. Au fauteuil, on aide la personne à déplacer son poids environ toutes les 15 minutes. La protection des talons et l'usage de surfaces de redistribution de la pression complètent la démarche.

L'infirmière peut-elle déterminer le stade d'une plaie de pression ?

Oui, l'évaluation et la stadification de la plaie font partie du champ d'exercice infirmier. Le système du NPUAP distingue les stades 1 à 4, les lésions des tissus profonds et les plaies non classables. Ce système sert à l'évaluation initiale et à décrire une aggravation, pas à suivre la guérison : une lésion de stade 3 ne se reclasse jamais en stade 2 ou 1 en cicatrisant.

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⚕️ Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas le jugement clinique ni les protocoles de votre établissement. Toute décision clinique relève de l'infirmière ou de l'infirmier selon son champ d'exercice.

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