Dermatite d'incontinence ou lésion de pression ? Les distinguer

- La dermatite associée à l'incontinence (DAI) est une inflammation de la peau causée par l'exposition prolongée à l'urine ou aux selles, fréquente en CHSLD.
- On la distingue de la lésion de pression par sa cause (humidité), sa localisation (zones en contact) et ses contours diffus, sans oublier que les deux peuvent coexister.
- L'outil international GLOBIAD classe la DAI en quatre catégories (1A, 1B, 2A, 2B) selon la perte de peau et les signes d'infection.
- La prévention et le traitement reposent sur un soin structuré de la peau, nettoyer, hydrater, protéger, combiné à la gestion de l'incontinence.
- Au Québec, l'évaluation de la peau et le plan de traitement d'une plaie relèvent du champ d'exercice infirmier : une note claire au PTI rend le suivi repérable.
Une rougeur sur le siège d'un résident incontinent n'est jamais anodine. Est-ce une dermatite associée à l'incontinence, une lésion de pression qui débute, ou les deux à la fois ? La réponse change le plan de soins. Cet article vise à outiller votre jugement clinique, il ne remplace pas une évaluation au chevet ni un avis médical.
Qu'est-ce que la dermatite associée à l'incontinence ?
La dermatite associée à l'incontinence (DAI) est une inflammation de la peau causée par une exposition prolongée à l'urine, aux selles ou aux deux. Elle appartient à la famille des lésions cutanées liées à l'humidité (en anglais, moisture-associated skin damage). L'urine élève le pH de la peau et les selles y ajoutent des enzymes digestives, ce qui fragilise la barrière cutanée, la macère et l'enflamme. La friction du produit d'incontinence et des transferts aggrave le tout.
La DAI touche les zones en contact direct avec les liquides : périnée, plis fessiers, sillon interfessier, organes génitaux, bas de l'abdomen et face interne des cuisses. Elle se présente d'abord comme une rougeur diffuse, parfois luisante, souvent douloureuse ou accompagnée de sensations de brûlure. En l'absence d'intervention, elle peut évoluer vers une érosion superficielle et se surinfecter, notamment par une candidose.
C'est un problème fréquent en hébergement. Selon le Regroupement québécois en soins de plaies (RQSP), qui harmonise les pratiques de soins de plaies au Québec, l'incontinence est un facteur de risque majeur d'atteinte cutanée en soins de longue durée. Les estimations internationales varient largement, mais on retient qu'environ un résident incontinent sur quatre est à risque, et que la prévalence peut atteindre près de 30 % selon les milieux et les définitions. Retenez l'ordre de grandeur plus que le chiffre exact : la DAI est courante et sous-documentée.

DAI ou lésion de pression : comment les distinguer
La confusion avec la lésion de pression est fréquente, et les deux peuvent coexister. La distinction oriente pourtant des interventions différentes : contrôler l'humidité pour la DAI, redistribuer la pression pour la lésion de pression. Voici les repères qui aident à trancher.
| Critère | Dermatite d'incontinence (DAI) | Lésion de pression |
|---|---|---|
| Cause | Humidité, urine et selles | Pression et cisaillement |
| Localisation | Zones en contact avec les liquides : périnée, plis, fesses, cuisses | Sur une proéminence osseuse : sacrum, talons, hanches |
| Contours | Diffus, mal définis, en miroir de part et d'autre du pli | Nets, bien délimités |
| Profondeur | Superficielle, peau intacte ou érosion | Peut atteindre les tissus profonds |
| Aspect | Rougeur étendue, macération, parfois candidose | Rougeur localisée, puis perte tissulaire, parfois nécrose |
Un point de vigilance : une rougeur sur une proéminence osseuse qui ne blanchit pas à la pression évoque une lésion de pression de stade 1, pas une DAI. À l'inverse, une atteinte symétrique dans un pli, épargnant les reliefs osseux, oriente vers la DAI. En cas de doute, décrivez ce que vous voyez plutôt que de forcer une étiquette, et réévaluez.
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Classer la DAI avec l'outil GLOBIAD
Pour parler un langage commun, l'outil international GLOBIAD (Ghent Global IAD Categorisation Tool) classe la DAI en quatre catégories. La catégorie 1 correspond à une rougeur persistante sans perte de peau, la catégorie 2 à une perte de peau. Chacune se décline selon l'absence (A) ou la présence (B) de signes cliniques d'infection : 1A, 1B, 2A, 2B. Cet outil sert à décrire l'atteinte de façon reproductible d'un quart de travail à l'autre, un atout pour la continuité et pour repérer une aggravation.
Prévenir et traiter : le soin structuré de la peau
La prévention et le traitement reposent sur les mêmes piliers, résumés par la démarche « nettoyer, hydrater, protéger », combinée à la gestion de l'incontinence. Les recommandations de pratiques exemplaires de Wounds Canada sur les lésions cutanées liées à l'humidité et les lignes directrices de l'Association des infirmières et infirmiers autorisés de l'Ontario (RNAO) convergent sur un régime de soins de la peau structuré.

Concrètement, cela veut dire : nettoyer la peau sans frotter, avec un nettoyant doux à pH équilibré et des lingettes douces plutôt que de l'eau et du savon alcalin. Hydrater pour restaurer la barrière cutanée. Appliquer un produit barrière (crème à base d'oxyde de zinc, film protecteur) sur les zones exposées. Changer le produit d'incontinence dès qu'il est souillé et éviter de superposer les protections. En parallèle, une évaluation de la continence cherche les causes réversibles, car réduire l'exposition à l'humidité reste la mesure la plus efficace. Un outil comme le Perineal Assessment Tool aide à cibler les personnes les plus à risque.
Quelques réflexes utiles au quotidien :
- Inspecter la peau à chaque changement de culotte d'incontinence, pas seulement au bain.
- Réserver les produits barrière aux zones à risque et éviter l'excès, qui nuit à l'observation.
- Documenter la localisation, l'étendue et la catégorie GLOBIAD dès l'apparition.
- Distinguer clairement DAI et lésion de pression au dossier, car les plans diffèrent.
Le rôle de l'infirmière et la documentation
Au Québec, l'évaluation de l'intégrité de la peau et le plan de traitement d'une plaie relèvent du champ d'exercice infirmier. L'OIIQ rappelle que le plan de traitement lié aux plaies et aux altérations de la peau, ainsi que les soins qui s'y rattachent, font partie des activités de l'infirmière. L'infirmière auxiliaire y collabore, notamment pour la surveillance et l'application des soins.
Une bonne note nomme le problème, sa localisation, son étendue et sa catégorie, puis le suivi attendu. Au plan thérapeutique infirmier (PTI), un constat comme « DAI catégorie 1A au sillon interfessier » assorti d'une directive de soin structuré rend le suivi repérable pour toute l'équipe. C'est cette clarté qui permet de réagir avant l'aggravation et de protéger la peau, et la dignité, du résident.
- https://www.oiiq.org/pratique-professionnelle/exercice-infirmier/outils-cliniques-soins-plaies
- https://www.ciusss-capitalenationale.gouv.qc.ca/sites/d8/files/docs/ProfSante/Infirmier/pipspp-interactif.pdf
- https://www.rqsp.ca/fr/mission
- https://www.woundscanada.ca/docman/public/health-care-professional/bpr-workshop/1814-wc-bpr-prevention-and-management-of-moisture-associated-skin-damage-1949e-final/file
- https://rnao.ca/
- https://woundsinternational.com/consensus-documents/incontinence-associated-dermatitis-moving-prevention-forward/
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la dermatite associée à l'incontinence ?
La dermatite associée à l'incontinence (DAI) est une inflammation de la peau causée par une exposition prolongée à l'urine, aux selles ou aux deux. Elle appartient aux lésions cutanées liées à l'humidité. Elle touche les zones en contact avec les liquides (périnée, plis fessiers, cuisses) et se présente comme une rougeur diffuse, parfois douloureuse, qui peut évoluer vers une érosion superficielle.
Comment distinguer une DAI d'une lésion de pression ?
La DAI est causée par l'humidité et touche les zones en contact avec l'urine ou les selles, avec des contours diffus et mal définis. La lésion de pression est causée par la pression et le cisaillement, siège sur une proéminence osseuse (sacrum, talons, hanches) et présente des contours nets. Une rougeur qui ne blanchit pas sur un relief osseux évoque une lésion de pression. Les deux peuvent toutefois coexister.
Comment prévenir et traiter la DAI ?
La prévention et le traitement reposent sur un soin structuré de la peau : nettoyer sans frotter avec un produit doux à pH équilibré, hydrater pour restaurer la barrière cutanée et appliquer un produit barrière (oxyde de zinc, film protecteur). Il faut aussi changer le produit d'incontinence dès qu'il est souillé et évaluer la continence pour réduire l'exposition à l'humidité, la mesure la plus efficace.
Qu'est-ce que l'outil GLOBIAD ?
Le GLOBIAD (Ghent Global IAD Categorisation Tool) est un outil international qui classe la DAI en quatre catégories. La catégorie 1 correspond à une rougeur persistante sans perte de peau et la catégorie 2 à une perte de peau ; chacune se décline selon l'absence (A) ou la présence (B) de signes cliniques d'infection : 1A, 1B, 2A, 2B. Il aide à décrire l'atteinte de façon reproductible d'un quart à l'autre.
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