L'essentiel
  • OPUS-AP est la démarche québécoise pour réduire l'usage inapproprié des antipsychotiques en CHSLD.
  • En phase 1, la déprescription a réussi chez 86 % des résidents, sans aggravation des comportements.
  • Chez l'aîné dément, les antipsychotiques augmentent les risques d'AVC, de chutes et de mortalité.
  • On évalue toujours la cause du comportement (douleur, infection, environnement) avant de médicamenter.
  • L'infirmière documente, cherche la cause, agit comme pivot et surveille la déprescription au PTI.

En soins de longue durée, l'antipsychotique a longtemps été le premier réflexe devant un résident agité. Le Québec a renversé cette logique avec OPUS-AP, une démarche qui replace l'évaluation clinique et les approches non pharmacologiques au cœur de la prise en charge des symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD). Pour l'infirmière en CHSLD, c'est un changement de pratique concret, et un rôle pivot à occuper.

Aide à la décision, pas un diagnostic. Cet article résume des repères généraux. Toute déprescription se fait en équipe interdisciplinaire, selon le protocole de votre établissement et le jugement clinique infirmier.

OPUS-AP, c'est quoi ?

OPUS-AP signifie Optimiser les pratiques, les usages, les soins et les services, Antipsychotiques. C'est un projet collaboratif pancanadien piloté au Québec, fruit d'un partenariat entre Excellence en santé Canada, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), l'INESSS et des experts des réseaux universitaires en santé.

L'objectif : réduire l'usage inapproprié des antipsychotiques chez les résidents atteints de troubles neurocognitifs majeurs, en misant d'abord sur les interventions non médicamenteuses.

Une infirmière évalue calmement une personne âgée pour comprendre la cause d'un comportement
Illustration : Vita IA

Des résultats qui parlent

La démarche s'est déployée par phases, avec des résultats robustes documentés par le CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec et le MSSS.

Phase Période Portée Résultat marquant
1 2017-2018 220 résidents Déprescription réussie chez 86 %, sans aggravation des comportements dans la majorité des cas
2 2019-2020 329 unités, 129 CHSLD Élargissement et consolidation des pratiques
3 2022-2026 313 CHSLD publics, MDA et MA Démarche intégrée OPUS-AP/PEPS, déploiement provincial

Le point clé : dans la phase 1, l'arrêt des antipsychotiques n'a pas entraîné de report vers les anxiolytiques, les somnifères ou les antidépresseurs. Bien menée, la déprescription ne déplace pas le problème : elle le résout souvent.

Pourquoi déprescrire ?

Chez la personne âgée atteinte de démence, les antipsychotiques portent un ratio risques-bénéfices défavorable. L'avis de l'INESSS et les mises en garde réglementaires émises dès le milieu des années 2000 documentent un risque accru de :

  • accident vasculaire cérébral (AVC) ;
  • mortalité précoce ;
  • chutes, fracture de hanche et effets extrapyramidaux ;
  • déclin cognitif supplémentaire.

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Leur efficacité sur les SCPD, elle, reste modeste. D'où la règle : l'antipsychotique n'est justifié que lorsque les comportements exposent le résident ou autrui à un risque sérieux, et que les autres options ont été envisagées.

L'approche non pharmacologique d'abord

Avant (ou pendant) toute déprescription, l'évaluation des causes du comportement est toujours requise. Un SCPD est un message : douleur non soulagée, infection urinaire, constipation, ennui, peur, environnement trop bruyant. Selon la synthèse publiée dans le CMAJ, les interventions non pharmacologiques ont peu d'effets indésirables et une efficacité supérieure à la médication pour les symptômes moins sévères.

Parmi les leviers reconnus :

  • Évaluer et traiter la cause : douleur, élimination, infection, médication, faim, soif.
  • Adapter l'environnement : réduire le bruit, la lumière crue, les changements brusques de routine.
  • Stimulation sensorielle et cognitive : musique, reminiscence, activités signifiantes.
  • Approche relationnelle : ton calme, validation, respect du rythme de la personne.
  • Soutenir et former les soignants, y compris la famille.
Personne âgée sereine près d'une fenêtre ensoleillée, environnement de soins apaisant
Illustration : Vita IA

Le rôle pivot de l'infirmière

L'OIIQ rappelle que l'examen clinique infirmier est central pour déterminer les causes d'un SCPD et en assurer la prise en charge. Concrètement, l'infirmière :

  1. Documente le comportement : nature, fréquence, déclencheurs, moment de la journée (grilles d'observation, comme la grille de comportement).
  2. Cherche la cause : examen physique, dépistage de douleur (PACSLAC, échelle adaptée), bilan de l'élimination, revue de la médication.
  3. Agit comme intervenant pivot entre le résident, la famille, le médecin, le pharmacien et l'équipe SCPD spécialisée.
  4. Surveille la déprescription : signes de sevrage, réémergence des symptômes, et documente l'évolution au PTI.

C'est exactement le type de raisonnement clinique structuré où une assistante comme Vita IA peut aider à organiser l'observation et préparer la note, sans jamais remplacer le jugement infirmier.

L'essentiel à retenir

Déprescrire un antipsychotique n'est pas « ne rien faire ». C'est remplacer un médicament risqué par une évaluation rigoureuse et des interventions ciblées. OPUS-AP a montré, à l'échelle du Québec, que c'est non seulement possible, mais souvent bénéfique. En cas de doute, référez-vous au protocole de votre établissement, à l'équipe SCPD régionale et à votre jugement clinique.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la démarche OPUS-AP au Québec ?

OPUS-AP (Optimiser les pratiques, les usages, les soins et les services, Antipsychotiques) est une démarche québécoise visant à réduire l'usage inapproprié des antipsychotiques en CHSLD, en misant d'abord sur l'évaluation clinique et les interventions non pharmacologiques.

Peut-on arrêter un antipsychotique sans danger chez une personne âgée démente ?

Dans la plupart des cas, oui, lorsque la déprescription est planifiée et surveillée en équipe. En phase 1 d'OPUS-AP, l'arrêt a réussi chez 86 % des résidents sans aggravation des comportements ni report vers d'autres médicaments.

Quels risques les antipsychotiques posent-ils chez l'aîné atteint de démence ?

Ils augmentent le risque d'accident vasculaire cérébral, de chutes et de fracture de hanche, d'effets extrapyramidaux, de déclin cognitif et de mortalité précoce, pour une efficacité modeste sur les SCPD.

Quel est le rôle de l'infirmière dans la déprescription ?

Elle documente le comportement, cherche la cause sous-jacente (douleur, infection, élimination, médication), agit comme intervenant pivot entre le résident, la famille et l'équipe, puis surveille la déprescription et consigne l'évolution au PTI.

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⚕️ Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas le jugement clinique ni les protocoles de votre établissement. Toute décision clinique relève de l'infirmière ou de l'infirmier selon son champ d'exercice.

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