Téléconsultation en CHSLD : moins de transferts à l'urgence

- La téléconsultation réduit les transferts évitables vers l'urgence et élargit l'accès au médecin hors des heures normales, selon l'INESSS.
- Au Québec, le téléphone reste le moyen le plus utilisé; l'infirmière coordonne et assure le suivi avant, pendant et après la consultation.
- Un projet pilote dans 3 CHSLD ruraux québécois montre une valeur ajoutée la nuit, quand l'accès à une infirmière sur place est limité.
- Elle convient mal aux situations exigeant un examen physique direct (ex. suspicion de pneumonie) ou une décision médicolégale.
- Aide à la décision clinique, pas un diagnostic : la téléconsultation complète les soins en personne, elle ne les remplace pas.
Un transfert à l'urgence n'est pas anodin pour un aîné
Il est 3 h du matin dans un petit CHSLD en région. Une résidente fait de la fièvre et devient confuse. Faut-il appeler l'ambulance et l'envoyer à l'urgence, à une heure de route, ou existe-t-il une autre voie ? Pour une personne âgée fragile, un transfert vers l'urgence comporte ses propres risques : longue attente sur civière, délirium, déconditionnement, exposition aux infections, rupture des repères. Beaucoup de ces transferts sont jugés évitables. C'est précisément là que la téléconsultation, c'est-à-dire l'évaluation à distance par un médecin ou une infirmière praticienne spécialisée, prend tout son sens.
L'idée n'est pas de remplacer le soin en personne, mais de donner à l'équipe un accès rapide à un avis médical au bon moment. Pour l'infirmière en CHSLD, en ressource intermédiaire (RI) ou en maison des aînés (MDA), c'est un outil de plus dans la trousse, avec ses forces et ses limites bien réelles.
Ce que permet la téléconsultation, selon l'INESSS
Dans son état des connaissances sur la téléconsultation en CHSLD, l'INESSS retient trois bénéfices organisationnels principaux : réduire les transferts évitables vers l'urgence, élargir la couverture médicale en dehors des heures normales, et augmenter l'accès à la médecine générale et spécialisée (par exemple en gérontopsychiatrie, en neurologie ou en soins palliatifs), surtout dans les régions éloignées. En diminuant les transferts et les déplacements de résidents comme de médecins, elle pourrait aussi générer des économies.
Sur le plan clinique, l'INESSS est clair : la téléconsultation doit rester complémentaire à la prise en charge en personne. Elle s'avère utile pour l'évaluation avant l'admission, le suivi régulier d'un résident, la révision de la médication, ou encore lors d'un changement de l'état de santé (agitation, chute, résultat de laboratoire anormal). Elle a aussi servi à l'évaluation et au suivi de troubles neurocognitifs (connus sous le terme démence) et de conditions dermatologiques. Fait rassurant, aucun effet indésirable clair n'a été identifié dans la littérature analysée, et la satisfaction des résidents, des proches et des équipes est généralement élevée.
Côté québécois, le Réseau québécois de la télésanté (RQT), qui déploie ces services à l'échelle provinciale, présente les mêmes avantages : accès rapide à une évaluation, réduction des déplacements et des transferts évitables, maintien dans le milieu de vie et meilleur soutien à l'évaluation clinique à distance. Les CHSLD publics et privés conventionnés, ainsi que les maisons des aînés, peuvent y recourir.

Le rôle pivot de l'infirmière
Une téléconsultation réussie ne tient pas qu'à la technologie. L'INESSS souligne que, puisque les infirmières sont responsables de la planification et de la coordination des soins en CHSLD, elles jouent un rôle de suivi déterminant avant, pendant et après la consultation à distance. Concrètement, c'est souvent l'infirmière qui repère le changement d'état, rassemble les données utiles (signes vitaux, médication, contexte), présente la situation au médecin, sert d'yeux et de mains pour l'examen à distance, puis met en œuvre et documente le plan convenu.
Au Québec, et c'est une nuance importante, le téléphone demeure le moyen privilégié, devant la vidéo. Cela ne change rien à la rigueur attendue : une transmission claire et structurée de l'information clinique est ce qui rend l'avis à distance fiable. L'INESSS note d'ailleurs que l'accompagnement par une infirmière, souvent nécessaire, n'est pas toujours possible la nuit en raison de la charge de travail, ce qui constitue un obstacle concret à ne pas sous-estimer.
Infolettre + trousse PDF
La trousse du poste : 10 aide-mémoire PDF gratuits
10 fiches pratiques imprimables pour le poste (SAER, post-chute, délirium...), puis 3 minutes de lecture par semaine pour rester à jour en SLD. Gratuit, désabonnement en un clic.
Ce que montre un projet pilote québécois
L'expérience d'ici commence à être documentée. Une étude pilote menée à l'Université du Québec en Outaouais (Nabelsi et coll., publiée dans JMIR Aging en 2024) a suivi l'intégration de la téléconsultation de nuit dans 3 CHSLD ruraux de 50 résidents ou moins, situés dans 2 régions du Québec, entre juillet 2022 et mars 2023. Les chercheuses ont réalisé 18 entrevues avec 9 infirmières et infirmières auxiliaires.
Le constat des participantes : la téléconsultation a apporté une valeur ajoutée en améliorant les pratiques cliniques, administratives et organisationnelles, et en renforçant la collaboration entre infirmières et infirmières auxiliaires pour assurer une continuité de soins sécuritaire. Le contexte explique l'intérêt : la pénurie d'infirmières la nuit, particulièrement dans les petits CHSLD ruraux, fragilise la sécurité des soins. Une étude de suivi des mêmes équipes (2025) s'est ensuite penchée sur les obstacles et les facilitateurs de cette téléconsultation infirmière de nuit. Ces travaux restent de petite taille et qualitatifs : ils décrivent une expérience prometteuse, pas une preuve d'efficacité à grande échelle.
Téléconsultation : utile, mais pas pour tout
La distance impose des limites qu'il faut connaître. L'INESSS rappelle qu'une consultation vidéo n'est pas appropriée lorsqu'un examen physique ou radiologique est requis (par exemple une suspicion de pneumonie), à moins de disposer d'équipement adapté comme un stéthoscope numérique ou un otoscope connecté. Elle est aussi à éviter pour les décisions à portée médicolégale.
| Plutôt indiqué | À évaluer avec prudence |
|---|---|
| Suivi régulier, révision de médication | Examen physique ou imagerie requis (ex. suspicion de pneumonie) |
| Avis sur un changement d'état (agitation, chute) | Instabilité aiguë exigeant une intervention immédiate |
| Accès à une spécialité (gérontopsychiatrie, soins palliatifs) | Décision à portée médicolégale |
| Évaluation avant admission, soutien hors heures normales | Situation où l'accompagnement infirmier n'est pas disponible |
La règle de fond reste la même que pour tout outil clinique : il s'agit d'une aide à la décision, pas d'un diagnostic. L'avis à distance complète le jugement de l'équipe sur place, il ne le remplace pas.
Et ailleurs au Canada et dans le monde
Le Canada explore la même voie. Une étude qualitative menée en Colombie-Britannique a recueilli le point de vue de soignants et de résidents sur les situations où la télésanté pour les visites médicales convient, ou ne convient pas, confirmant que rien ne remplace, dans certains cas, une visite en personne.
À l'international, l'essai randomisé en grappes GERONTACCESS, mené en France sur 12 mois auprès de 426 résidents (âge moyen 87 ans), offre l'un des signaux quantitatifs les plus nets : 23,4 % des résidents du groupe télémédecine ont connu une hospitalisation non planifiée, contre 32,5 % dans le groupe en soins usuels (rapport de cotes 0,73; p = 0,034), pour une économie estimée à environ 3 846 $ US par hospitalisation évitée. Un résultat encourageant, à transposer avec prudence au contexte québécois, où l'organisation des soins et le recours au téléphone diffèrent.
En pratique
La téléconsultation ne réglera pas à elle seule la pénurie de personnel ni l'accès médical en région, et elle ne convient pas à toutes les situations. Mais bien intégrée, accompagnée par l'infirmière et réservée aux bonnes indications, elle peut éviter à un aîné un transfert pénible et risqué vers l'urgence. Pour l'équipe, le réflexe utile est de connaître la trajectoire de télésanté offerte dans son établissement (le RQT et le répondant local peuvent l'expliquer) et de préparer chaque consultation comme on préparerait un appel au médecin de garde : information claire, données à jour, suivi documenté.
- https://www.inesss.qc.ca/covid-19/services-sociaux/teleconsultation-en-medecine-generale-et-specialisee-en-centre-dhebergement-et-de-soins-de-longue-duree.html
- https://telesantequebec.ca/professionnel/services/soins-longue-duree/
- https://aging.jmir.org/2024/1/e65111
- https://aging.jmir.org/2025/1/e71950
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12559133/
- https://bmcgeriatr.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12877-022-03575-6
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la téléconsultation en CHSLD ?
C'est l'évaluation à distance d'un résident par un médecin ou une infirmière praticienne spécialisée, au téléphone ou par vidéo, avec le soutien de l'équipe sur place. Selon l'INESSS, elle doit rester complémentaire à la prise en charge en personne : elle sert notamment au suivi, à la révision de la médication et à l'avis lors d'un changement d'état de santé.
La téléconsultation peut-elle vraiment éviter un transfert à l'urgence ?
Elle le permet dans bien des cas. L'INESSS retient qu'elle réduit les transferts évitables vers l'urgence et élargit l'accès médical hors des heures normales. À l'international, l'essai randomisé GERONTACCESS a observé moins d'hospitalisations non planifiées dans le groupe télémédecine (23,4 % contre 32,5 %). Ces résultats sont encourageants, mais à transposer avec prudence au contexte québécois.
Quel est le rôle de l'infirmière pendant une téléconsultation ?
Un rôle pivot. Responsable de la planification et de la coordination des soins en CHSLD, l'infirmière repère le changement d'état, rassemble les données utiles, présente la situation au médecin, sert d'yeux et de mains pour l'examen à distance, puis met en œuvre et documente le plan convenu.
Dans quelles situations faut-il éviter la téléconsultation ?
Lorsqu'un examen physique ou radiologique est requis sans équipement adapté (par exemple une suspicion de pneumonie), en cas d'instabilité aiguë exigeant une intervention immédiate, ou pour une décision à portée médicolégale. Dans ces cas, la consultation ou le transfert en personne demeure indiqué.
Gagnez du temps sur vos notes et vos PTI
Vita IA rédige vos notes, structure vos PTI et prépare vos appels au médecin selon les normes d'ici (OIIQ, INESSS). Essai gratuit de 30 jours, sans carte de crédit.
Essayer Vita IA gratuitement⚕️ Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas le jugement clinique ni les protocoles de votre établissement. Toute décision clinique relève de l'infirmière ou de l'infirmier selon son champ d'exercice.
Infolettre + trousse PDF
La trousse du poste : 10 aide-mémoire PDF gratuits
Abonne-toi au Carnet clinique et reçois 10 fiches pratiques imprimables pour le poste (SAER, post-chute, délirium...). Chaque semaine ensuite : 3 minutes de lecture pour rester à jour en SLD. Gratuit, désabonnement en un clic.



