L'essentiel
  • Au Québec, les 65 ans et plus représentent près de 92 % des décès liés à une chute, et beaucoup de chutes sont évitables.
  • Le dépistage du risque se fait dès l'admission (dans les 5 jours en CHSLD), puis après tout événement marquant.
  • La prévention est multifactorielle : médication, équilibre, environnement, chaussage, vision, surveillance ciblée.
  • La surveillance post-chute peut s'étendre jusqu'à 48 h ; vigilance accrue sous anticoagulant et chez les 75 ans et plus.
  • Documenter les circonstances et inscrire le risque au PTI permet à toute l'équipe de savoir quoi surveiller.

Un enjeu majeur en soins de longue durée

La chute est l'un des risques les plus présents au quotidien en CHSLD. Les chiffres québécois sont parlants : selon l'INSPQ, environ un aîné sur trois vivant à domicile chute chaque année, et les personnes de 65 ans et plus représentent 91,9 % des décès liés à une chute. Plus marquant encore, la moitié des aînés qui survivent à une fracture de la hanche ne récupèrent jamais pleinement leur autonomie.

En milieu d'hébergement, la fragilité, la polymédication et les troubles cognitifs additionnent les risques. La bonne nouvelle : beaucoup de chutes sont évitables. Cet article propose des repères pratiques pour dépister, prévenir et surveiller. Il s'agit d'une aide à la décision, jamais d'un substitut au jugement clinique ni aux protocoles de votre établissement.

Dépister le risque dès l'admission

Le dépistage est la première étape, et il est précoce. Les protocoles québécois prévoient une évaluation du risque de chute dès l'admission, généralement dans les cinq jours suivant l'arrivée en CHSLD. L'OIIQ rappelle que l'infirmière réalise l'évaluation initiale, puis ajuste le suivi selon l'évolution.

Le dépistage se répète aussi après tout événement marquant : un retour d'hospitalisation, un changement de médication, un nouvel épisode confusionnel ou, bien sûr, après une chute. Un dépistage fait une fois et oublié ne protège pas.

Les principaux facteurs de risque

Les facteurs de risque se regroupent en deux familles. Distinguer ce qui est modifiable de ce qui ne l'est pas aide à cibler les interventions là où elles comptent.

Facteurs modifiables (sur lesquels agir) Facteurs non modifiables (à surveiller)
Médication inappropriée ou polymédication Âge avancé
Hypotension orthostatique Antécédents de chute
Force et équilibre diminués Troubles cognitifs établis
Dénutrition, déshydratation Maladies chroniques (Parkinson, AVC)
Problèmes de vision, chaussage inadéquat
Environnement (éclairage, encombrement)
Médicaments disposés sur une table, un facteur de risque de chute
Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels

La médication mérite une attention particulière. Les psychotropes (benzodiazépines, antipsychotiques), les antihypertenseurs et les hypoglycémiants augmentent le risque. Une révision de médication, en collaboration avec le pharmacien et le médecin, fait partie intégrante de la prévention des chutes.

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Prévenir au quotidien

La prévention efficace est multifactorielle : aucune mesure unique ne suffit. L'implantation de l'approche adaptée à la personne âgée (AAPA) du MSSS soutient cette vision globale. Quelques leviers concrets :

  • Environnement sécuritaire : éclairage suffisant, dégagement des aires de circulation, barres d'appui, frein de fauteuil verrouillé.
  • Mobilité et équilibre : programme d'exercices adapté avec la physiothérapie, aides techniques bien ajustées (marchette à la bonne hauteur).
  • Chaussage et vision : souliers fermés antidérapants, lunettes propres et à jour.
  • Surveillance ciblée : repérer les heures et lieux à risque (lever nocturne, salle de bain) et adapter l'accompagnement.

Le projet québécois Para-Chutes, porté par des équipes de la région de Lanaudière, illustre l'effet d'une formation d'équipe structurée pour réduire les chutes en hébergement.

Après une chute : la surveillance compte autant

Une chute n'est pas terminée quand la personne est relevée. La surveillance post-chute est essentielle, car certaines complications apparaissent à retardement. Selon l'outil de surveillance de l'OIIAQ, les signes neurologiques se surveillent fréquemment dans la première heure, puis sur une période pouvant aller jusqu'à 48 heures, ou selon l'ordonnance médicale.

Deux points de vigilance souvent sous-estimés :

  • Les anticoagulants : un résident sous anticoagulant présente un risque accru de saignement, notamment intracrânien, même sans traumatisme crânien apparent.
  • Le délai d'apparition : chez les personnes de 75 ans et plus, des manifestations d'un traumatisme crânien peuvent survenir tardivement, parfois plusieurs jours après la chute.

L'examen clinique post-chute couvre l'état de conscience, les paramètres vitaux, la posture et la mobilité, la douleur et les signes tégumentaires.

Soignant tenant la main d'une personne âgée
Photo : Matthias Zomer / Pexels

Documenter et ajuster le suivi

Chaque chute documente une histoire clinique. Notez les circonstances (lieu, heure, activité en cours), les signes observés et les interventions. Un constat de risque de chute et les directives associées trouvent naturellement leur place au plan thérapeutique infirmier, pour que toute l'équipe sache quoi surveiller et quoi faire.

La prévention des chutes est un travail d'équipe : infirmière, infirmière auxiliaire, préposé, physiothérapie, pharmacie, famille. En cas de doute clinique, appuyez-vous sur le protocole de votre établissement et sur le jugement de l'équipe.

Questions fréquentes

Quand faut-il dépister le risque de chute en CHSLD ?

Dès l'admission, généralement dans les cinq jours suivant l'arrivée, puis à nouveau après tout événement marquant : retour d'hospitalisation, changement de médication, épisode confusionnel ou chute.

Combien de temps surveiller un résident après une chute ?

Les signes neurologiques se surveillent étroitement dans la première heure, puis sur une période pouvant aller jusqu'à 48 heures, ou selon l'ordonnance médicale. La vigilance est accrue si le résident prend un anticoagulant.

Pourquoi surveiller plus longtemps une personne de 75 ans et plus ?

Chez les personnes très âgées, les manifestations d'un traumatisme crânien peuvent apparaître tardivement, parfois plusieurs jours après la chute, même en l'absence de choc à la tête apparent.

La médication influence-t-elle le risque de chute ?

Oui. Les psychotropes (benzodiazépines, antipsychotiques), certains antihypertenseurs et les hypoglycémiants augmentent le risque. Une révision de médication avec le pharmacien et le médecin fait partie de la prévention.

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⚕️ Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas le jugement clinique ni les protocoles de votre établissement. Toute décision clinique relève de l'infirmière ou de l'infirmier selon son champ d'exercice.

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