L'essentiel
  • Chez l'aîné atteint d'un trouble neurocognitif majeur, la douleur reste souvent sous détectée, sous évaluée et sous traitée.
  • Quand l'auto évaluation n'est plus possible, on lit la douleur dans les expressions faciales, les mouvements, l'humeur et d'autres signes.
  • Le PACSLAC-F, validé par le Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec, structure cette observation en 60 items (31 pour la version PACSLAC-II).
  • On remplit une grille par quart de travail ; chaque item observé vaut 1 point, pour un score maximal de 60.
  • Ce qui compte n'est pas le chiffre isolé mais la hausse par rapport au score habituel de la personne, à comparer dans un journal de la douleur.

Quand la douleur ne peut plus se dire

En centre d'hébergement, une grande partie des résidents vivent avec un trouble neurocognitif majeur (TNCM) avancé. Beaucoup ne peuvent plus nommer leur douleur, la situer, ni répondre à la question « avez vous mal ? ». Résultat : la douleur reste souvent sous détectée, sous évaluée et sous traitée, et ce, peu importe le milieu de soins. La difficulté est encore plus grande quand la communication verbale est altérée par la démence.

Ce vide a une conséquence concrète. Une douleur non reconnue ne disparaît pas : elle s'exprime autrement, par de l'agitation, des cris, un repli ou un refus de soins, des manifestations qu'on attribue parfois à tort aux seuls symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD). D'où l'intérêt d'une démarche structurée d'observation, fondée sur un outil validé au Québec.

Cet article est une aide à la décision clinique, pas un avis diagnostique. Il vise à outiller l'observation infirmière, jamais à remplacer le jugement professionnel ni l'évaluation médicale.

Lire la douleur sans les mots

Quand l'auto évaluation n'est plus possible, l'observation des comportements devient la principale fenêtre sur la douleur. Les indices se regroupent en quelques grandes familles :

  • Expressions faciales : grimaces, front plissé, yeux fermés serrés, regard absent ou crispé.
  • Mouvements et positions du corps : raideur, protection d'une zone, agitation, refus de bouger, position recroquevillée.
  • Comportement et humeur : agressivité, pleurs, gémissements, repli, résistance aux soins, changement d'appétit ou de sommeil.
  • Autres signes : changements de couleur, transpiration, modifications des signes vitaux.

Un seul de ces signes, isolé, ne prouve rien. C'est l'accumulation et surtout le changement par rapport à l'état habituel de la personne qui doivent alerter l'équipe.

Illustration de l'observation des signes non verbaux de la douleur
Image : Vita IA

Le PACSLAC-F, un outil pensé pour le Québec

Pour structurer cette observation, le Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec (CEVQ) recommande la grille PACSLAC-F, la version française validée du Pain Assessment Checklist for Seniors with Limited Ability to Communicate. Elle s'adresse précisément aux aînés incapables d'utiliser les outils d'auto évaluation en raison d'un TNCM.

La grille comporte 60 items répartis en quatre sections : expressions faciales, activités et mouvements du corps, comportement et humeur, et autres manifestations. Une version abrégée et validée, la PACSLAC-II, condense l'outil à 31 items. L'OIIQ souligne d'ailleurs que ce type d'échelle aide les soignants à mieux repérer les signes de douleur et à mieux communiquer entre eux.

Infolettre + trousse PDF

La trousse du poste : 10 aide-mémoire PDF gratuits

10 fiches pratiques imprimables pour le poste (SAER, post-chute, délirium...), puis 3 minutes de lecture par semaine pour rester à jour en SLD. Gratuit, désabonnement en un clic.

Son usage est ouvert à toute l'équipe soignante : personnel infirmier, préposés aux bénéficiaires, médecins et autres professionnels. C'est une force, puisque la personne est observée par plusieurs intervenants, sur plusieurs moments de la journée.

L'utiliser au quotidien

Le principe est simple : compléter une grille par quart de travail (période de 8 heures). Chaque intervenant note les comportements observés durant ses interactions, soins d'hygiène, repas, déplacements, traitements. On observe l'aîné en mouvement et au repos, car la mobilisation révèle souvent la douleur. Un même comportement n'est compté qu'une fois par quart, et chaque item observé vaut 1 point, pour un score maximal de 60.

Selon le CEVQ, la fréquence recommandée varie selon la situation :

Situation clinique Fréquence du PACSLAC-F
Admission ou début de suivi (TNCM) 1 fois par semaine, les 4 premières semaines, pour établir le score de base
Situation stable par la suite Au minimum 1 fois par mois
Détérioration, maladie douloureuse, chute, fin de vie, SCPD inhabituels, doute de l'équipe Augmenter la fréquence (par ex. à chaque quart pendant quelques jours)

Quelques règles d'or accompagnent l'outil : ne pas attendre de soupçonner la douleur avant de l'utiliser, continuer même si l'aîné dort ou semble inconscient (les expressions faciales restent observables), et inscrire « 0 » si aucun comportement n'a été noté, afin de prouver que l'évaluation a bien eu lieu.

Interpréter le score : la tendance, pas le chiffre

Un score PACSLAC-F isolé n'est pas significatif en soi. Ce qui compte, c'est la comparaison de la personne avec ses propres scores antérieurs. C'est pourquoi chaque résultat est consigné dans un journal de la douleur individuel, idéalement sous forme de courbe ajoutée au dossier.

Une hausse importante ou soutenue du score, par rapport à la valeur habituelle de la personne, doit déclencher un examen clinique complet, avec histoire et examen physique. Au besoin, on instaure ou on révise un traitement analgésique, puis on réutilise la grille pour vérifier le soulagement obtenu. Le CEVQ insiste : seul le score global est fiable, pas les sous échelles prises séparément.

Douleur ou SCPD : ne pas confondre

La douleur et les SCPD se ressemblent et s'entremêlent. Une personne qui crie ou résiste aux soins peut souffrir, sans qu'on le soupçonne d'emblée. L'OIIQ rappelle l'importance de détecter et d'évaluer la douleur chronique chez l'aîné atteint d'un TNCM qui présente des SCPD. Avant d'attribuer un comportement à la seule démence, le réflexe gagnant est de se demander : « et si c'était de la douleur ? ». Une grille PACSLAC-F documentée appuie ce raisonnement et nourrit le PTI comme la note d'évolution.

Dans une logique d'aide à la décision, l'outil ne remplace pas le jugement clinique de l'infirmière : il le rend visible, traçable et partageable au sein de l'équipe.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le PACSLAC-F ?

Le PACSLAC-F est la version française validée d'une grille d'observation de la douleur conçue pour les aînés incapables de s'auto évaluer en raison d'un trouble neurocognitif majeur. Recommandée par le Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec, elle comporte 60 items répartis en quatre sections : expressions faciales, mouvements du corps, comportement et humeur, et autres manifestations. Une version courte, la PACSLAC-II, en compte 31.

À quelle fréquence remplir la grille PACSLAC-F ?

Le CEVQ recommande de l'utiliser une fois par semaine durant les quatre premières semaines d'un suivi ou d'une admission, afin d'établir le score de base de la personne, puis au minimum une fois par mois. On augmente la fréquence en cas de détérioration, de maladie douloureuse, de chute, de soins de fin de vie, de SCPD inhabituels ou de doute de l'équipe.

Comment interpréter le score ?

Un score isolé n'est pas significatif. Ce qui importe, c'est de comparer la personne avec ses propres scores antérieurs, consignés dans un journal de la douleur. Une hausse importante ou soutenue doit déclencher un examen clinique complet et, au besoin, l'instauration ou la révision d'un traitement analgésique. Seul le score global est fiable, pas les sous échelles prises isolément.

Douleur ou SCPD : comment ne pas confondre ?

Une douleur non reconnue s'exprime souvent par de l'agitation, des cris, un repli ou un refus de soins, des manifestations qu'on attribue parfois à tort aux seuls SCPD. Avant de conclure à la démence, le réflexe utile est de se demander si la douleur pourrait être en cause. Une grille PACSLAC-F documentée appuie ce raisonnement et nourrit le PTI comme la note d'évolution.

#Douleur#PACSLAC-F#TNCM#CHSLD#OIIQ#CEVQ

Gagnez du temps sur vos notes et vos PTI

Vita IA rédige vos notes, structure vos PTI et prépare vos appels au médecin selon les normes d'ici (OIIQ, INESSS). Essai gratuit de 30 jours, sans carte de crédit.

Essayer Vita IA gratuitement

⚕️ Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas le jugement clinique ni les protocoles de votre établissement. Toute décision clinique relève de l'infirmière ou de l'infirmier selon son champ d'exercice.

Infolettre + trousse PDF

La trousse du poste : 10 aide-mémoire PDF gratuits

Abonne-toi au Carnet clinique et reçois 10 fiches pratiques imprimables pour le poste (SAER, post-chute, délirium...). Chaque semaine ensuite : 3 minutes de lecture pour rester à jour en SLD. Gratuit, désabonnement en un clic.

← Retour au Carnet clinique