Dysphagie en CHSLD : prévenir les fausses routes au repas

- La dysphagie touche une large part des aînés hébergés et reste souvent non diagnostiquée, avec un risque réel de dénutrition, de déshydratation et de pneumonie d'aspiration.
- L'infirmière ne pose pas le diagnostic instrumental, mais elle repère les signes, sécurise le repas et documente ses observations.
- Le positionnement assis à 90 degrés, tête neutre, et un environnement calme préviennent la majorité des fausses routes évitables.
- Les textures modifiées et les liquides épaissis se prescrivent à la suite de l'évaluation de l'orthophoniste et de la nutritionniste : la texture servie doit correspondre exactement à la prescription.
- Les soins buccodentaires rigoureux réduisent le risque de pneumonie d'aspiration.
Un repas, un risque qu'on oublie
En soins de longue durée, le repas est un moment de plaisir et de socialisation, mais c'est aussi un acte clinique à risque. La dysphagie, ce trouble de la capacité à transférer la nourriture, les liquides, la salive ou les médicaments de la bouche vers l'estomac, touche une large part des aînés hébergés, souvent sans diagnostic formel. Selon le Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec (CEVQ), elle peut mener à la dénutrition, à la déshydratation, à la pneumonie d'aspiration, au délirium secondaire et à une baisse marquée de la qualité de vie.
L'infirmière n'a pas à poser le diagnostic instrumental de dysphagie, qui relève de l'évaluation fluoroscopique ou endoscopique réalisée en collaboration avec l'orthophoniste et le médecin, comme le rappelle l'OIIQ. Son rôle est ailleurs, et il est central : repérer les signes, ajuster la surveillance, sécuriser l'environnement du repas et documenter ce qu'elle observe. Ce texte est une aide à la décision clinique, pas un avis diagnostique individuel.
Reconnaître les signes au quotidien
La dysphagie est discrète. Bien des aînés ne se plaignent de rien, et certaines fausses routes sont dites silencieuses, sans toux apparente. Le CEVQ liste plusieurs signes et comportements qui doivent alerter l'équipe.
| Pendant le repas | Après le repas ou à distance |
|---|---|
| Toux ou raclements fréquents en mangeant ou en buvant | Voix rauque ou mouillée après avoir avalé |
| Étouffement, difficulté à amorcer la déglutition | Pneumonies à répétition |
| Accumulation d'aliments dans la bouche, mastication laborieuse | Perte de poids, baisse d'appétit |
| Écoulement de salive ou de nourriture hors de la bouche | Refus ou peur de s'alimenter |
| Régurgitation nasale, sensation de blocage dans la gorge | Repas qui s'allongent anormalement |
Certains comportements alimentaires sont eux mêmes des facteurs de risque : manger très vite, avaler sans mastiquer, ou prendre la nourriture dans l'assiette d'un autre résident. Tout changement observé par un préposé ou un proche doit remonter à l'infirmière, qui décide de la suite.
Sécuriser le repas : positionnement et environnement
La majorité des fausses routes évitables tiennent à des éléments simples. Le CEVQ insiste d'abord sur le positionnement. Au fauteuil comme au lit, on vise une position assise à 90 degrés, hanches et genoux fléchis, tronc bien aligné, la tête en position neutre ou légèrement fléchie vers l'avant pour protéger les voies respiratoires. On évite l'hyperextension du cou et la rotation de la tête. L'intervenant se place au même niveau que la personne, idéalement assis devant elle, pour maintenir le contact visuel et surveiller les signes pendant toute la durée du repas.
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L'environnement compte tout autant. Un milieu calme, sans télévision forte ni conversations entre membres du personnel, permet à l'aîné de se concentrer sur sa prise alimentaire. Quelques repères concrets reviennent constamment dans les programmes québécois de dysphagie :
- S'assurer que la personne est bien éveillée avant de lui offrir nourriture, liquides ou médicaments.
- Vérifier le port des prothèses dentaires propres, des lunettes et des appareils auditifs.
- Servir les aliments chauds chauds et les aliments froids froids, en évitant le tiède, et éviter de tout mélanger dans l'assiette.
- Éviter les pailles, sauf indication contraire d'un professionnel.
- Maintenir la personne semi assise pendant 30 à 60 minutes après le repas.
Les soins buccodentaires sont primordiaux. Une bouche en mauvais état est l'un des principaux facteurs de pneumonie d'aspiration, et l'hygiène buccale rigoureuse fait partie intégrante de la prévention.
Textures modifiées : parler le même langage
Quand l'alimentation normale n'est plus sécuritaire, l'équipe recourt aux textures modifiées d'aliments et de liquides épaissis, prescrites à la suite de l'évaluation de l'orthophoniste et de la nutritionniste. L'Ordre professionnel des diététistes du Québec rappelle que le choix de la texture est un acte clinique individualisé, pas une simple préférence.
Pour uniformiser ce vocabulaire souvent confus d'un établissement à l'autre, une terminologie internationale, l'IDDSI, propose une échelle commune de 0 à 7, des liquides clairs jusqu'aux solides non modifiés. L'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ) suit de près son implantation pancanadienne. Pour l'infirmière, l'enjeu pratique est constant : s'assurer que la texture servie sur le plateau correspond exactement à celle qui est prescrite, et que la consistance des liquides épaissis est respectée. Une erreur de plateau est un incident à déclarer.

Documenter et coordonner
L'observation ne vaut que si elle est consignée. Une note d'évolution claire, qui décrit le signe observé, le contexte du repas, la texture servie et la conduite tenue, permet le suivi dans le temps et appuie la demande d'évaluation par l'orthophoniste. Au plan thérapeutique infirmier, le PTI peut porter un constat de risque de fausse route assorti de directives précises : positionnement, surveillance accrue, textures à respecter, soins de bouche. Le mois de juin est d'ailleurs consacré à la sensibilisation à la dysphagie, une occasion soulignée notamment par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal pour rappeler l'importance d'un dépistage attentif.
La prise en charge est résolument interprofessionnelle : infirmières, préposés, orthophonistes, nutritionnistes, pharmaciens et médecins y contribuent. L'infirmière en est souvent le pivot, parce qu'elle est présente au quotidien et qu'elle voit, repas après repas, ce que les autres ne font qu'entrevoir.
- https://www.ciusss-capitalenationale.gouv.qc.ca/sites/d8/files/docs/ProfSante/CEVQ/Comment-intervenir-personne-agee-dysphagie.pdf
- https://www.oiiq.org/dysphagie-evaluation-fluoroscopique-ou-endoscopique
- https://odnq.org/wp-content/uploads/2021/09/Avis_intervention_dysphagie.pdf
- https://ooaq.qc.ca/espace-membres/contenus-professionnels/positionnement-ooaq-iddsi
- https://ciusss-centresudmtl.gouv.qc.ca/actualite/juin-mois-de-la-sensibilisation-la-dysphagie
- https://www.apesquebec.org/dysphagie
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la dysphagie chez l'aîné ?
La dysphagie est un trouble de la capacité à transférer la nourriture, les liquides, la salive ou les médicaments de la bouche vers l'estomac. Fréquente en soins de longue durée, elle est souvent discrète et peut entraîner dénutrition, déshydratation, pneumonie d'aspiration et délirium secondaire, selon le Centre d'excellence sur le vieillissement de Québec.
Quels signes de dysphagie doivent alerter l'infirmière ?
La toux ou les raclements fréquents en mangeant, l'étouffement, l'accumulation d'aliments dans la bouche, l'écoulement de salive, une voix rauque ou mouillée après avoir avalé, des repas qui s'allongent, une perte de poids, des pneumonies à répétition ou un refus de s'alimenter. Certaines fausses routes sont silencieuses, sans toux apparente, d'où l'importance d'une surveillance attentive.
Quelle position adopter pour un repas sécuritaire ?
Une position assise à 90 degrés, hanches et genoux fléchis, tronc aligné, la tête en position neutre ou légèrement fléchie vers l'avant pour protéger les voies respiratoires. On évite l'hyperextension du cou et la rotation de la tête, et on maintient la personne semi assise de 30 à 60 minutes après le repas. L'intervenant se place assis, au même niveau, devant la personne.
L'infirmière peut-elle diagnostiquer la dysphagie ?
Le diagnostic instrumental, par évaluation fluoroscopique ou endoscopique, relève d'une démarche interprofessionnelle avec l'orthophoniste et le médecin, comme le précise l'OIIQ. Le rôle de l'infirmière est de repérer les signes, d'ajuster la surveillance, de sécuriser le repas, de respecter les textures prescrites et de documenter ses observations pour appuyer la demande d'évaluation.
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