Comment repérer la dénutrition d'un aîné en CHSLD

- La dénutrition est fréquente en soins de longue durée, souvent invisible, mais évitable et réversible si elle est repérée tôt.
- Selon l'outil utilisé, de 29 % à 54 % des résidents canadiens sont à risque, et une étude québécoise rapporte jusqu'à 80 % chez les plus vulnérables.
- La perte de poids et la baisse des apports sont les signaux clés : la pesée mensuelle est un geste de surveillance de première ligne.
- Le Mini Nutritional Assessment (MNA) et l'Outil canadien de dépistage nutritionnel (CNST) permettent un repérage simple et validé.
- L'infirmière évalue, enrichit l'alimentation, réfère à la nutritionniste, surveille et documente au PTI un constat de risque assorti de directives.
Un problème fréquent, souvent invisible
En soins de longue durée, la dénutrition avance en silence. Elle s'installe repas après repas, sans plainte, sans signe spectaculaire, jusqu'à ce qu'une chute, une plaie qui ne guérit pas ou une infection à répétition en révèle l'ampleur. La dénutrition est un état pathologique qui résulte d'apports en énergie ou en protéines insuffisants pour couvrir les besoins de l'organisme. Chez l'aîné hébergé, elle est fréquente, évitable et, prise tôt, réversible.
Le guide de référence sur l'alimentation de la personne âgée en CHSLD du CISSS de la Côte-Nord rappelle que l'équipe soignante occupe une position privilégiée pour observer, dépister et prévenir ces problèmes. Ce texte est une aide à la décision clinique, pas un avis diagnostique individuel.
Des chiffres qui varient, mais tous élevés
Combien d'aînés sont touchés ? La réponse dépend de l'outil de mesure, ce qui invite à la prudence, mais l'ordre de grandeur est constant : c'est fréquent. Une étude québécoise de Chevalier et coll., citée dans le guide du CISSS de la Côte-Nord, rapporte une prévalence de dénutrition pouvant atteindre 80 % en soins de longue durée chez les personnes les plus vulnérables.
À l'échelle canadienne, une étude menée dans 32 centres de soins de longue durée auprès de 638 résidents a comparé quatre outils de dépistage. Selon cette comparaison publiée dans le Journal of Nutrition in Gerontology and Geriatrics, la proportion de résidents à risque variait de 28,9 % avec l'outil interRAI à 53,7 % avec le Mini Nutritional Assessment abrégé (MNA-SF). Ces travaux sont issus du projet pancanadien Making the Most of Mealtimes (M3), qui a documenté des apports quotidiens souvent trop faibles, en particulier chez les résidents recevant des textures modifiées.
Un point important : ces chiffres décrivent une association entre milieu de vie et risque nutritionnel, pas une fatalité. La variabilité entre les outils rappelle qu'un pourcentage isolé se lit toujours avec l'outil qui l'a produit.

Reconnaître les signes et les causes
La dénutrition se trahit par des signes discrets, souvent attribués au vieillissement lui-même. Le guide du CISSS de la Côte-Nord en dresse une liste utile pour l'observation quotidienne, tout comme celle des facteurs qui y prédisposent.
| Signes à repérer | Facteurs de risque courants |
|---|---|
| Perte de poids, vêtements devenus trop grands | Trouble neurocognitif (connu sous le terme démence), dépression |
| Fatigue, apathie, faiblesse musculaire (sarcopénie) | Dysphagie, prothèses dentaires mal ajustées, douleur buccale |
| Baisse d'appétit, repas laissés dans l'assiette | Médicaments coupant l'appétit ou nuisant à l'absorption |
| Plaies qui tardent à guérir, infections répétées | Maladies chroniques, besoins accrus après une pneumonie ou une fracture |
| Confusion, œdème, anémie | Isolement, solitude, ennui de la famille |
La perte de poids reste le signal le plus concret. C'est pourquoi la pesée régulière, une fois par mois ou plus selon la condition, est un geste de surveillance de première ligne, et non une simple formalité administrative.
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Dépister tôt, avec un outil validé
L'efficacité des interventions est nettement supérieure aux stades précoces. Le dépistage systématique est donc la première étape. Le guide québécois recommande le Mini Nutritional Assessment (MNA), validé, qui attribue un pointage au risque nutritionnel. Sur sa version abrégée, notée sur 14 points, l'interprétation est simple.
| Score MNA abrégé | Interprétation |
|---|---|
| 12 à 14 points | État nutritionnel normal |
| 8 à 11 points | Risque de dénutrition |
| 0 à 7 points | Dénutrition avérée |
Un outil encore plus court existe au Canada : l'Outil canadien de dépistage nutritionnel (CNST), en deux questions seulement (perte de poids involontaire récente et diminution des apports depuis plus d'une semaine). Développé par le Groupe de travail canadien sur la malnutrition, il affiche une sensibilité supérieure à 90 % et peut être rempli par du personnel non spécialisé, ce qui en fait un bon premier filtre avant une évaluation plus poussée.
Intervenir et surveiller
Une fois le risque repéré, le guide propose une démarche en trois temps : évaluer, intervenir, surveiller. L'infirmière réfère à la nutritionniste pour l'évaluation approfondie, mais plusieurs interventions relèvent du quotidien de l'équipe.
Enrichir l'alimentation d'abord, plutôt que de miser uniquement sur les suppléments. Fractionner en petits repas avec des collations nourrissantes, préférer les potages consistants aux soupes claires qui remplissent l'estomac sans apport, et hydrater entre les repas plutôt que pendant. Les suppléments nutritionnels oraux, riches en énergie et en protéines, sont utiles quand l'alimentation ne suffit pas, et gagnent à être servis comme une médication, en petite quantité, par exemple au moment des médicaments.
Ces repères rejoignent les recommandations internationales. Le guide pratique de l'ESPEN sur la nutrition et l'hydratation en gériatrie préconise un apport protéique d'au moins 1,0 g par kilogramme de poids par jour chez l'aîné, davantage en cas de maladie, un accompagnement nutritionnel individualisé, et l'offre de collations ou d'aliments à manger avec les doigts pour faciliter la prise alimentaire.

La surveillance ferme la boucle : pesée régulière, réévaluation au MNA aux trois mois ou après un événement de santé important, et vigilance sur les causes réversibles. Une prothèse dentaire à réajuster, une dysphagie à faire évaluer, une douleur buccale à soulager ou une dépression à traiter peuvent à elles seules relancer l'appétit.
Le rôle pivot de l'infirmière
La dénutrition est un enjeu interprofessionnel où nutritionnistes, préposés, ergothérapeutes, pharmaciens et médecins ont chacun leur rôle. L'infirmière en est souvent le pivot : présente au quotidien, elle évalue la condition de la personne, une activité qui relève de son champ d'exercice reconnu par l'OIIQ, et elle décide de la suite à donner aux observations que lui rapportent les préposés et les proches.
Cette vigilance doit se traduire dans la documentation. Une note d'évolution qui décrit la perte de poids, la baisse des apports et la conduite tenue permet le suivi dans le temps. Au plan thérapeutique infirmier, le PTI peut porter un constat de risque de dénutrition assorti de directives claires : pesée mensuelle, surveillance des apports, aide au repas, positionnement, suppléments à offrir. Repérée tôt et bien documentée, la dénutrition n'est pas une conséquence inévitable du grand âge, mais un problème sur lequel l'équipe peut réellement agir.
- https://www.cisss-cotenord.gouv.qc.ca/fileadmin/internet/cisss-cotenord/Soins_services/Hebergement/Guide_de_reference_-_Alimentation_de_la_personne_agee_vivant_en_CHSLD.pdf
- https://www.inesss.qc.ca/publications/repertoire-des-publications/publication/qualite-du-milieu-de-vie-en-centre-dhebergement-et-de-soins-de-longue-duree-pour-les-personnes-agees-en-perte-dautonomie.html
- https://www.oiiq.org/
- https://nutritioncareincanada.ca/sites/default/uploads/files/CNST.pdf
- https://uwaterloo.ca/nutrition-and-aging-lab/nutrition-residential-settings/making-most-mealtimes-m3-study
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31335280/
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35306388/
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la dénutrition chez l'aîné en CHSLD ?
La dénutrition est un état pathologique qui résulte d'apports en énergie ou en protéines insuffisants pour couvrir les besoins de l'organisme. Fréquente en soins de longue durée, elle est souvent discrète et peut entraîner faiblesse musculaire, chutes, plaies qui tardent à guérir, infections et perte d'autonomie. Prise tôt, elle est évitable et réversible.
Quels signes de dénutrition doivent alerter l'infirmière ?
La perte de poids et des vêtements devenus trop grands, une baisse d'appétit, des repas laissés dans l'assiette, la fatigue et la faiblesse musculaire, des plaies qui guérissent mal, des infections répétées, de l'œdème ou une confusion nouvelle. La perte de poids reste le signal le plus concret, d'où l'importance de la pesée régulière.
Quel outil utiliser pour dépister la dénutrition ?
Le guide québécois recommande le Mini Nutritional Assessment (MNA), validé, dont la version abrégée sur 14 points classe le résultat en état normal (12 à 14), risque de dénutrition (8 à 11) ou dénutrition avérée (0 à 7). L'Outil canadien de dépistage nutritionnel (CNST), en deux questions, offre un premier filtre rapide avant une évaluation par la nutritionniste.
Que peut faire l'équipe soignante concrètement ?
Enrichir l'alimentation avant tout : fractionner en petits repas et collations nourrissantes, préférer les potages consistants aux soupes claires, hydrater entre les repas. Les suppléments nutritionnels oraux aident quand l'alimentation ne suffit pas. L'ESPEN recommande au moins 1,0 g de protéines par kilogramme par jour. On surveille par pesée régulière et réévaluation au MNA aux trois mois, en corrigeant les causes réversibles.
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